
Par Nzangura Kwavingiston
Depuis 2008, le 11 septembre a été reconnu Journée Mondiale de Lutte contre le Terrorisme par de nombreuses associations, comme le MPCT (Mouvement pour la Paix et Contre le Terrorisme). Cette date n’est évidemment par anodine puisqu’elle rappelle l’un des actes de terrorisme les plus marquants de l’Histoire : les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

Cette journée est l’occasion de renforcer la solidarité envers les victimes et leurs familles et de renforcer les liens entre les diverses associations d’aide aux personnes touchées par des actes de terrorisme.
Cependant, le terrorisme étant un fléau qui secoue de nombreux pays du monde, en particulier en Afrique francophone, mais pourquoi cette menace persiste-t-elle et gagne-t-elle du terrain ?
Les mouvements terroristes, connus pour leurs actions violentes, sont responsables de milliers de morts sur le continent africain. Ils provoquent le déplacement de populations entières, la destruction de biens, et plongent plusieurs régions dans des crises humanitaires dramatiques.
En République Démocratique du Congo (RDC), notamment dans l’Est, les groupes armés liés au terrorisme, tels que les ADF-MTM-ISCAP, sèment la mort, poussent des villages à l’abandon et paralysent le développement local.
Qui sont les ADF-MTM-ISCAP ?
ADF (Allied Democratic Forces – Forces démocratiques alliées) : groupe rebelle apparu dans les années 1990 en Ouganda sous le leadership de Jamil Mukulu, en opposition au président Yoweri Museveni. Vers 1994, sous la pression, les ADF se réfugient dans les forêts du mont Ruwenzori, en territoire de Beni (Nord-Kivu, RDC), où ils se réorganisent.
2013–2014 : le groupe change de stratégie et commence à cibler massivement les civils congolais. En octobre 2014, des massacres autour d’Oicha, Eringeti et Mbau marquent le début d’une longue série d’atrocités : tueries à la machette, enlèvements, incendies de villages, attaques contre les FARDC.
Après l’arrestation de Jamil Mukulu en 2015 en Tanzanie, son successeur Moussa Baluku radicalise davantage le mouvement. Vers 2016, les ADF se revendiquent ouvertement de l’idéologie de l’État islamique et adoptent le nom MTM (Madinat Tawhid wal-Muwahidin, “Cité du monothéisme et des combattants”).
Dès 2017, les ADF reçoivent un premier financement de l’État islamique via un réseau kényan. En 2019, Daech les reconnaît officiellement comme faisant partie de sa branche régionale : ISCAP (Islamic State Central Africa Province).
Depuis, les ADF diffusent vidéos et propagande pour attirer de nouveaux combattants, justifiant leurs crimes par une idéologie extrémiste.
Conséquences dans l’Est de la RDC
Les actions des ADF-MTM-ISCAP touchent principalement :
- Le territoire de Beni et une partie de Lubero (Nord-Kivu),
les territoires de Mambasa et Irumu (Ituri).
Leur mode opératoire est marqué par une cruauté extrême : massacres à la machette, marteaux, pierres ou couteaux, et seulement rarement par armes à feu, selon des rescapés. Ils ciblent indistinctement hommes, femmes, enfants, et même des musulmans, montrant que leur violence n’est pas une simple guerre de religion.
Ils profitent aussi de complicités locales et de la faiblesse de certaines autorités pour s’approvisionner en nourriture, médicaments ou informations stratégiques. Plusieurs enquêtes ont révélé l’existence de réseaux de collaboration et de financement liés à leurs activités.
En outre, des témoignages d’anciens otages évoquent l’exploitation illégale de ressources minières, avec parfois le transport de minerais par avion depuis leurs bastions reculés.
Pourquoi une telle menace persiste-t-elle ?
Les ADF-MTM-ISCAP représentent une menace particulière par rapport à d’autres groupes rebelles. Contrairement à certains qui cohabitent avec les civils pour survivre, eux choisissent l’isolement dans la forêt, imposant une terreur systématique.
Ils bénéficient souvent d’une longueur d’avance sur les forces armées, grâce à des réseaux de renseignement. Le journaliste Charles Kirembera souligne d’ailleurs le manque de collaboration et de confiance entre autorités et populations civiles, ce qui complique la lutte contre ces extrémistes.
Comment résoudre cette menace ?
L’expérience du secteur Ruwenzori (Beni) est instructive : après l’arrestation de plusieurs collaborateurs et les opérations conjointes FARDC-UPDF depuis 2021, la situation sécuritaire s’est partiellement améliorée. Cela montre que seule une action collective et coordonnée peut faire reculer durablement les terroristes.
La lutte contre les ADF-MTM-ISCAP ne doit donc pas être considérée uniquement comme une mission de l’État ou de l’armée. Elle nécessite :
- Une coopération militaire et régionale renforcée,
- Une vigilance collective des populations civiles,
- Un engagement administratif et politique sincère,
- Et surtout, une unité nationale face à la terreur.
Il est essentiel de le dire que le terrorisme, particulièrement dans l’Est de la RDC, ne pourra être vaincu qu’au prix d’une véritable alliance entre défense, coopération et vigilance collective. Sans cette synergie, les efforts resteront fragmentés et la menace continuera de peser sur la sécurité et l’avenir du pays.
