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Par Élie Anzakuno

Selon plusieurs observateurs, le sentiment d’abandon qui s’installerait dans certains quartiers de Kinshasa refléterait les difficultés actuelles de la police à endiguer la criminalité. Cette situation pourrait alimenter des interrogations sur l’efficacité des stratégies sécuritaires nationales, même si le ministère de l’Intérieur assurerait poursuivre des réformes structurelles de fond.
Dans ce contexte déjà sensible, une mission de contrôle initiée par le VPM de l’Intérieur à l’endroit du gouvernement provincial aurait ravivé les débats.

Pour plusieurs spécialistes du droit public, cette initiative pourrait être perçue comme une entorse au principe de libre administration des provinces, inscrit dans la Constitution (articles 3, 171, 195 à 198, 204 et 221).
Ces textes garantiraient à Kinshasa une autonomie administrative, financière, économique et technique, avec des ressources distinctes de celles du gouvernement central.

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Dans cette logique, le contrôle de la gestion des finances provinciales relèverait exclusivement de :
• l’Assemblée provinciale ;
• l’Inspection générale des finances (IGF) ;
• la Cour des comptes, conformément à l’article 46 de la Loi organique de 2008.

Pour certains juristes, ces éléments pourraient amener à considérer que la mission de contrôle du ministère ne s’inscrirait pas clairement dans le cadre constitutionnel.

Du côté de l’Hôtel de Ville, l’on ferait valoir que la gouvernance provinciale se serait déjà inscrite dans une démarche de transparence :
• encadrement continu par l’IGF au cours de l’année 2024 ;
• dépôt d’un rapport complet à la Cour des comptes ;
• reddition des comptes concernant les fonds transférés par le gouvernement central, adressée à la Direction de rééditions des comptes.

Certains experts estiment que ces démarches témoigneraient d’une volonté de respecter les mécanismes officiels de contrôle, ce qui pourrait rendre la mission initiée par le VPM sujette à débat.

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Pour de nombreux commentateurs, cette situation pourrait ouvrir la voie à un bras de fer entre deux niveaux de pouvoir au moment où la population attend prioritairement une amélioration de la sécurité et une action concertée des institutions.

D’autres observateurs insistent toutefois sur la nécessité d’interpréter la démarche du ministère avec prudence : la mission pourrait également s’inscrire dans une volonté de clarification administrative ou de renforcement de la transparence, notamment après la gestion de la crise humanitaire liée aux inondations d’avril 2025, pour laquelle le VPM avait présidé une commission ad hoc.

Dans un contexte où la criminalité évolue et où les défis urbains demeurent pressants, plusieurs analystes estiment que la priorité devrait rester le renforcement de la sécurité, l’amélioration de la gouvernance urbaine et la préservation de l’équilibre institutionnel.

Pour beaucoup, Kinshasa — ville stratégique et moteur politique du pays — ne pourrait se permettre une nouvelle zone de friction administrative susceptible d’alimenter la confusion ou la défiance.

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