
Par Nzangura Kwavingiston
La disparition de Magloire Paluku, personnalité culturelle de Goma et cadre de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), continue de susciter de fortes réactions dans l’est de la République démocratique du Congo. Alors que le mouvement rebelle a publié un communiqué nécrologique officiel confirmant son décès, des interrogations persistent autour des circonstances de sa mort et de son parcours controversé.
Dans un document signé le 10 décembre 2025, l’AFC/M23 annonce avec douleur et consternation la mort de Magloire Paluku, présenté comme Conseiller en charge de la Communication au sein de la Coordination Politique du mouvement.
Selon ce communiqué, il aurait été arraché à la vie dans des circonstances tragiques après avoir succombé à ses blessures à l’Hôpital général de Goma.
Le texte indique également que des investigations sont en cours afin d’en dénicher les principaux auteurs, qualifiant l’incident d’ acte criminel
Des sources médiatiques évoquent un assassinat
Parallèlement au communiqué officiel de l’AFC/M23, des informations relayées par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala indiquent que Magloire Paluku aurait été abattu par balle dans les rues de Goma.
Selon ces mêmes sources, il était :
Ancien journaliste reconnu dans la ville et fondateur de la radio Kivu one de Goma;
Poète reconnu du Nord-Kivu
proche de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23 ;
ancien conseiller culturel et artistique de la ministre de la Culture et des Arts, Katungu Furaha, au premier mandat de Fatshi, avant son adhésion au mouvement rebelle.
Un parcours complexe et controversé
Bien que longtemps considéré comme un acteur majeur du monde culturel au Nord-Kivu, Magloire Paluku était aussi une personnalité au cœur de plusieurs controverses.
Il avait été condamné à mort par la justice congolaise pour participation présumée au groupe rebelle M23/AFC.
Cette décision judiciaire, témoigne du niveau d’implication que les autorités congolaises lui attribuaient dans les activités du mouvement armé.
Sa trajectoire illustre ainsi l’ambiguïté de nombreux acteurs de l’est de la RDC, oscillant entre responsabilités civiles, médiatiques et engagement politico-militaire.
Un décès qui survient dans un contexte de graves violences
La mort de Magloire Paluku intervient alors que la région vit l’une des pires flambées de violences de ces dernières années.
Un communiqué récent du gouvernement provincial du Sud-Kivu évoquait :
Plus de 413 civils tués lors des événements du 9 et 10 décembre à Uvira ;
la présence de forces étrangères et de mercenaires ;
plus de 200 000 déplacés fuyant les violences ;
une crise humanitaire majeure nécessitant une réponse internationale urgente.
Dans ce climat explosif, l’assassinat d’un cadre de l’AFC/M23 pourrait alimenter de nouvelles tensions, voire accroître les représailles entre différents groupes armés.
Réactions et enjeux politiques
Pour l’AFC/M23, la mort de Magloire Paluku est présentée comme un acte criminel visant un cadre engagé dans la « lutte pour la justice sociale », selon leur formulation.
Pour les autorités congolaises, son décès pourrait être perçu comme un épisode interne à un mouvement en pleine recomposition ou comme la conséquence des affrontements en cours dans la région.
Quoi qu’il en soit, cette disparition soulève de nouveaux enjeux :
Fragilisation ou réorganisation interne du M23/AFC ;
renforcement des tensions à Goma et dans les zones environnantes ;
mise en lumière de la porosité entre milieux civils, médiatiques et groupes armés dans l’Est de la RDC.
La mort de Magloire Paluku, figure à la fois culturelle et politico-militaire, met une fois de plus en évidence la complexité et la violence du conflit qui ravage l’Est de la RDC.
Entre accusations, zones d’ombre et enjeux politiques, son décès pourrait marquer un tournant dans les dynamiques internes du M23/AFC et dans l’évolution des tensions régionales, déjà à un niveau critique.
