inshot 20250704 100507673

En apparence, un simple positionnement politique. En réalité, une manœuvre médiatique préméditée, préparatoire à une nouvelle agression.


Il faut le dire clairement : les grandes négociations de paix ne se tiennent pas sur les réseaux sociaux ni dans les colonnes des journaux. Elles se mènent dans la discrétion, le respect du protocole diplomatique, et surtout dans l’engagement loyal à l’égard de ce qu’on prétend vouloir construire.

  1. Une rhétorique de la paix pour couvrir une stratégie de guerre.

Les exigences formulées par le M23/AFC – qu’il s’agisse de la libération de leurs combattants ou de la réouverture des circuits bancaires dans les zones sous leur contrôle illégal – n’ont rien d’innocent. Ce ne sont pas des appels à l’apaisement, mais des éléments de langage soigneusement placés pour justifier, demain, une reprise des hostilités contre les positions loyalistes de la RDC et de ses partenaires régionaux.

Il faut y voir la construction d’un alibi diplomatique, une tentative de manipuler l’opinion pour faire croire à un mouvement victime de mauvaise foi, alors qu’en réalité, le M23/AFC se prépare à trahir une fois de plus la parole donnée, comme il l’a toujours fait.

  1. Une violation grave des cadres régionaux et multilatéraux.

En agissant ainsi, le M23/AFC foule au pied :
les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies ;
les décisions des Chefs d’État de la SADC et de l’EEAC ;
les engagements implicites du cadre de Doha, facilité avec l’appui du Qatar, des États-Unis, de l’Union africaine et des autres partenaires de paix.

Ces agissements ne doivent pas être pris à la légère : ils annoncent une intention militaire déguisée, une nouvelle tentative de déstabilisation visant à saborder la fragile dynamique de normalisation entre Kinshasa et Kigali.

  1. Une insurrection contrôlée depuis Kigali… mais attisée par un feu intérieur.

Les rapports onusiens sont formels : le M23/AFC reste une force supplétive du régime de Kigali.
Mais ce qui est moins dit, c’est que cette rébellion externe est désormais instrumentalisée par un ancien Président de la République, Joseph Kabila, dans le but de reprendre la main par la force sur le destin du pays.

Lire aussi  Portrait - VPM Peter Kazadi Kankonde: Un Kalash de l'armée Fatshi, aligné au bon moment de l'histoire !

Écarté des grandes initiatives internationales — que ce soit de l’accord sécuritaire entre la RDC et les États-Unis, ou du processus politique en cours à Doha — Kabila veut revenir par la violence, faute d’avoir pu revenir par le suffrage. Son silence est stratégique. Son absence est une présence masquée.

Des sources locales crédibles rapportent que des recrutements forcés sont actuellement en cours dans plusieurs quartiers de Goma, et même au port de Kituku, où des jeunes ont été embarqués de force pour être conduits à Rumangabo, base de conditionnement idéologique et militaire pour ceux que Kabila rêve d’utiliser comme une force de déstabilisation nationale.

L’objectif est clair : ouvrir un front dans le Haut-Plateau d’Uvira, et, à travers lui, descendre vers le Tanganyika et le Katanga, dans une tactique de repli stratégique et d’éclatement du territoire, dont Kabila entend se faire le “libérateur”.

Il ne s’agit plus seulement d’une rébellion rwandaise. Il s’agit d’un projet de guerre interne, télécommandé depuis l’ombre, par un homme obsédé par son effacement.

  1. Un sabotage à double détente : diplomatique et militaire.

Ce climat de tensions synchronisées vise aussi à fragiliser l’accord historique entre Kinshasa et Washington, qui introduit une coopération militaire et minière sans précédent. En exposant la RDC à une reprise des hostilités, les forces hostiles cherchent à montrer que la paix n’est pas tenable avec ce gouvernement, pour mieux réhabiliter d’anciennes figures désormais privées d’espace politique.

  1. La République doit rester ferme et prévisible.

Face à cette duplicité désormais manifeste, le gouvernement congolais doit tenir bon :
Rester pleinement engagé dans le cadre de Doha, mais sans céder au chantage ni aux provocations ;
Refuser toute tentative d’internationalisation médiatique des exigences du M23/AFC ;
Coordonner étroitement les services de renseignement, la diplomatie, et l’armée, pour prévenir toute offensive synchronisée entre M23 et réseaux internes liés à l’ancien régime ;
Et surtout, préparer une réponse claire, rapide et ferme, dans le respect du droit international, à toute violation de notre intégrité territoriale.

  1. Conclusion : la ruse ne passera plus.

La sortie du M23/AFC n’est pas une ouverture. C’est une manœuvre de diversion.
Ce n’est pas une volonté de paix. C’est une stratégie pour légitimer la violence à venir.

Lire aussi  Doha | Dr Debora Kayembe s'interroge sur la présence des officiels Rwandais autour de la table des négociations [ Intégralité ]

Et cette fois, les Congolais ne seront ni naïfs, ni désunis.

À Kinshasa comme à Doha, la République Démocratique du Congo ne pliera pas.
Elle ne tombera ni sous les balles de Kigali, ni sous les intrigues d’un ancien président en mal de revanche.

Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo.

Partager cet article :