
Par Élie Anzakuno
Kinshasa, le 30 septembre 2025 — Un simple tweet a suffi à déclencher une vague de réactions sur les réseaux sociaux et dans les milieux diplomatiques. Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur de la République Démocratique du Congo, Jacquemain Shabani Lukoo, s’est retrouvé au cœur d’une polémique après avoir publié un message énigmatique incluant les mots « Black Water », accompagnés du drapeau de la RDC.
Le terme « Black Water » a immédiatement suscité des inquiétudes, notamment en raison de son association directe avec la célèbre société militaire privée américaine Blackwater, fondée par Erik Prince, tristement connue pour ses activités de mercenariat en zones de conflit.
Nombre d’internautes et d’observateurs politiques y ont vu un soutien implicite au recours à des mercenaires, un sujet particulièrement sensible en RDC, où les tensions dans l’Est du pays impliquent déjà de multiples acteurs armés, nationaux et étrangers.
Face à la montée des critiques, Jacquemain Shabani Lukoo a rapidement réagi pour clarifier ses propos. Il affirme que son tweet ne faisait nullement référence à la société américaine, mais à une école primaire baptisée “Black Water”, récemment construite dans le village de Loombe, situé dans le territoire d’Inongo (province de Maï-Ndombe).
« Il s’agit d’un projet d’éducation pour les enfants de la région, et non d’un quelconque soutien à des forces armées privées », a précisé le ministre dans un communiqué.
La polémique a toutefois pris une tournure régionale. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a vivement réagi à cette publication, y voyant une violation des accords de Washington et de Doha, qui encadrent notamment les engagements régionaux en matière de sécurité et de lutte contre le mercenariat.
Il a déclaré que le Rwanda ne facilitera plus le rapatriement de mercenaires, comme cela avait été le cas en janvier dernier, lors de la reddition de mercenaires roumains à Goma, une affaire encore sensible entre les deux pays.
« Ce type de message trouble la coopération sécuritaire dans la région des Grands Lacs », a ajouté le chef de la diplomatie rwandaise.
Ce nouvel épisode montre à quel point la communication publique peut rapidement se transformer en incident diplomatique dans une région marquée par des conflits armés persistants, une méfiance entre voisins et une présence controversée de forces étrangères.
Alors que le gouvernement congolais tente de rassurer sur ses intentions, cette affaire relance le débat sur la transparence des actions militaires et sécuritaires dans le pays, à l’approche de la fin d’année marquée par de nouveaux défis dans l’Est.

