
Par Moïse Manyong
Ce qui semblait inimaginable il y a encore quelques mois vient d’être signé à Washington : un Cadre d’intégration économique régionale (REIF) entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda. Un texte ambitieux, inédit, qui ambitionne de transformer l’une des frontières les plus sous tension d’Afrique en un espace d’interdépendance économique, de stabilité et de croissance partagée.
L’accord ouvre une série de chantiers structurants, dont le plus urgent concerne l’énergie. Les deux pays s’engagent à accélérer le projet Ruzizi III, pilier de l’électrification régionale, et à exploiter de manière coordonnée le méthane du lac Kivu. L’objectif : créer, pour la première fois, un pool électrique régional capable de soutenir l’industrialisation du Kivu et de sécuriser l’approvisionnement en énergie des deux États.
Sur le plan des infrastructures, Kigali et Kinshasa misent sur une intégration concrète : routes modernisées, transport lacustre et aérien sur le Kivu, postes frontières uniques, connexions TIC harmonisées et ancrage renforcé au corridor de Lobito. Côté économie minière, l’accord est tout aussi structurant : transparence, traçabilité, harmonisation fiscale, formalisation de l’artisanat et création de zones économiques spéciales transfrontalières, avec un partage équilibré de la valeur ajoutée pour l’étain, le tantale, le tungstène, le niobium et l’or.
Le volet sécuritaire et environnemental n’est pas en reste. La gestion conjointe des parcs des Virunga et des Volcans, associée à une stratégie coordonnée « One Health », marque une volonté de stabiliser durablement la zone, tout en renforçant un tourisme intégré. À cela s’ajoute une coopération en santé publique, incluant la surveillance épidémiologique, ainsi que des axes à long terme touchant l’agrobusiness, l’éducation, l’eau et l’assainissement.
Avec ce cadre, Kinshasa et Kigali entendent tourner une page douloureuse pour ouvrir un chapitre où l’économie devient un instrument de paix. Le REIF repose sur des groupes de travail techniques et un sommet annuel, preuve d’une volonté d’ancrer ce rapprochement dans la durée. Reste à voir comment cet engagement historique se traduira sur le terrain, dans une région où chaque avancée est scrutée, espérée, mais aussi fragilisée par des décennies de méfiance.
