
Par Moïse Manyong
Devant la cour d’assises de Paris, le procès de l’ancien chef de milice congolais Roger Lumbala a pris un tournant poignant avec le témoignage d’une survivante originaire de Mandima, dans l’est de la RDC. Plus de vingt ans après les faits, la jeune femme a livré un récit d’une rare violence, rappelant l’ampleur des exactions commises au début des années 2000 par les miliciens surnommés les « Effaceurs ».
À la barre, la victime a expliqué avoir été emprisonnée en 2002 avec plusieurs hommes et femmes, dont une enceinte de huit mois. Les détenus étaient soumis à des traitements inhumains : les hommes en particulier étaient torturés à l’aide de morceaux de bois brûlants, selon son récit. Au cœur de ces violences quotidiennes, elle était devenue une cible privilégiée.
Elle raconte qu’un soldat « Effaceur » l’a sortie de la prison pour la violer à deux reprises, alors que son propre bébé, encore nourrisson, se trouvait à terre, juste à côté d’elle. Quelques jours plus tard, elle a donné naissance à un enfant issu de ce viol un bébé qui, faute de soins et dans des conditions extrêmes, n’a pas survécu.
Devant les juges, la survivante a exprimé ressentir encore aujourd’hui un profond sentiment de honte, mais aussi des douleurs physiques permanentes, traces indélébiles des tortures subies. Son témoignage, l’un des plus marquants depuis l’ouverture du procès, vient rappeler le lourd tribut payé par les populations civiles dans les conflits armés en République démocratique du Congo.
