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Par Élie Anzakuno

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Né à Kinshasa, Monzari découvre très tôt que le dessin peut être un langage. Au petit séminaire de Bokoro (Mai-Ndombe), son rapport au crayon se transforme en vocation. Autodidacte exigeant, il construit un style singulier, qu’il nomme « réalisme inachevé » : des visages capturés au graphite et au fusain, suspendus entre le visible et le souvenir, entre la présence et la disparition.

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À cette esthétique s’ajoute une innovation technique devenue sa signature :
la patine au café, qui confère aux œuvres une dimension archéologique, presque prémonitoire. Chaque tableau semble un vestige du futur, une mémoire anticipée.

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En 2018, Monzari structure son travail autour d’une démarche triptyque :
• Éducation 2.0 : réflexion sur la fracture numérique des enfants africains.
• Maboko : série dédiée aux mains qui transmettent, qui enseignent, qui protègent.
• Bokoko : réflexion sur l’équilibre entre tradition et modernité.

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Cette démarche philosophique, profondément ancrée dans le vécu africain, l’amène à produire plus de 200 portraits par an, faisant de lui le portraitiste le plus productif de RDC en 2021.

En parallèle, Monzari poursuit une carrière juridique. Inscrit au Barreau de Mai-Ndombe, il se spécialise en droits d’auteur et s’engage à défendre les créateurs, qu’ils soient professionnels ou débutants.
Son ambition est claire : porter la voix juridique que les artistes n’ont jamais eue.

Depuis 2020, il a formé plus de 20 jeunes à l’intersection entre l’éthique, le droit et la pratique artistique. Chez lui, l’art n’est pas un exercice solitaire : c’est une responsabilité culturelle.

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En novembre 2025, Monzari est invité à Dakar par Ken Aicha Sy, directrice de la galerie LeManège et commissaire d’exposition, pour préparer une série destinée au projet Les Identités linguistiques flottantes.
Il hésite d’abord. Trois semaines suffiront-elles ? Dakar lui donnera la réponse.

Logé au Sélébéyoun, il découvre un lieu où le soleil entre chaque matin comme un collaborateur.
Traoré Babakar, Urielle Kook, Aisha, Moussa, Pascal, Amadou, Gemima…
Leur accueil transforme sa résidence en expérience humaine avant d’être artistique.

Une simple conversation autour d’un café avec le maître El Hadji Sy provoque un choc.
Le grand artiste lui confie :

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« Quand je dessine, je découvre un nouveau personnage.
Je ne le connais qu’après avoir ajouté les détails.
C’est pourquoi je ne souffre pas d’avoir peu d’amis : le dessin révèle toute l’humanité qu’il y a en moi. »

Puis la question tombe :
« Dans quelle humanité es-tu, Richard ? »

Monzari en sort transformé. À Dakar, il comprend que la rupture avec l’académisme n’est pas un programme : c’est une respiration.

En trois semaines, il interroge des dizaines de Sénégalais. Tous connaissent au moins cinq plasticiens — spontanément, naturellement.
L’art plastique y est pris au sérieux : culturellement, économiquement, institutionnellement.

En RDC, la situation est inverse : un océan de talent, mais peu d’encadrement, peu de politique culturelle, peu de reconnaissance.

Ce constat le blesse et le motive. Dakar devient un miroir de ce que Kinshasa pourrait être.

Pour marquer cette résidence, il réalise deux œuvres monumentales, chacune 2×2 mètres, sur papier kraft collé sur toile :

1. Entre deux mondes

Graphite et fusain
Une exploration de la langue, entre l’effacement et la réinvention.
Un mur jaune, un sol bleu marine, un enfant hésitant.
Des symboles — lion, djembés — qui résistent même lorsque les mots s’effacent.
Il y glisse un tableau de sa série Bokoko, comme un pont entre Kinshasa et Dakar.

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2. Les mots oubliés

Graphite et fusain
Le dictionnaire éventré, les pages arrachées.
Une méditation sur la colonisation linguistique : l’identité n’est pas morte, elle flotte, en attente de reconquête.

À Dakar, Monzari redécouvre sa vocation de formateur. Lors d’une visite chez son ami Lamine Dieme, il donne spontanément un mini-cours à des enfants.
Ce moment lui rappelle une passion négligée.

Il décide :
• de reprendre la formation des jeunes artistes ;
• de produire davantage, non pour satisfaire un marché, mais pour faire évoluer son art.

Dakar lui a appris qu’un artiste africain peut être à la fois philosophe et producteur, libre et responsable.

Collaborations récentes
• Tricontinental (Brésil, 2024)
• Ligue des droits de l’Homme (France, 2024)
• Centre culturel Andrée Blouin (Kinshasa, 2024)
• Résidence à Dakar au Sélébéyoun – Institut Français du Sénégal (2025)

Monzari ne dessine pas que des visages.
Il dessine les contours d’une souveraineté culturelle africaine — une vision où chaque trait de crayon est un acte politique, chaque œuvre un acte de mémoire, chaque formation un acte de transmission.

Son parcours prouve une chose :
lorsque l’art et le droit avancent ensemble, un pays retrouve sa voix.

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